HABITER LE LIT MAJEUR DE LA TOUQUES

Stratégie de déplis et de replis face à la concomitance des risques d’inondation, démarche AMITER

Projet lauréat AMITER sur le site Coeur Côte Fleurie – Touques (14)
et Grand Prix National décerné par le Ministère de la Transition Ecologique

Ce qui rend aujourd’hui un territoire vulnérable peut devenir la ressource de sa ré-invention, de son adaptation, de ses nouvelles formes de résilience
possibles. C’est dans cette logique que nous proposons pour le site de la Communauté de Communes Coeur Côte Fleurie un projet de transformation qui
engage ses habitant.e.s à apprendre à co-habiter avec la Touques dans son lit majeur.

Le lit majeur est un milieu aux risques d’inondation variés, tributaire de divers phénomènes (prévisibles et imprévisibles) et de leurs concomitances possibles. Si la dilatation du fleuve est une certitude, ses formes, hauteurs et temporalités restent quant à elles incertaines. Pour anticiper et déjà assimiler ces changements inévitables du territoire de la Touques, l’enjeu est alors avant tout de réapprendre à la voir, à la sentir, à la rendre présente
dans l’environnement urbain et dans les pratiques quotidiennes de ses habitant.e.s. C’est en ce sens que notre projet propose de nouvelles manières de co-habiter avec ses rythmes variés et ses vulnérabilités, mais aussi de coconstruire une culture commune des risques d’inondation et submersion du territoire.

Le long des rives de la Touques, l’adaptation des territoires habités adresse des enjeux différents selon les situations. Par endroit, il sera question de retarder la catastrophe en se protégeant par la technique; à d’autres, les inondations devront être intégrées dans le développement des espaces publics et du bâti, cherchant à limiter les dégâts tout en recomposant un paysage adaptable. Pour organiser ces réactions multiples possibles, nous proposons de définir différents niveaux d’attention face aux risques d’inondation. Ces niveaux sont définis et tracés dans le territoire selon les fluctuations entre les lits mineur et majeur de la Touques (actuelles, probables et possibles). Nous proposons d’en qualifier trois : les sols vulnérables, la marge de vigilance et la zone de mise à l’abri. Le tracé des niveaux permet également de reconnecter le milieu urbain au paysage de la Touques; un paysage riche, hybride et offrant des occupations différenciées selon les rythmes du quartier et des aléas.

Entre ces lignes de niveaux, il est question de concevoir divers mouvements de replis/déplis, engageant sur le territoire de nouveaux rythmes d’usage, souples et sensibles aux variations spatiales et temporelles du milieu habité. Le projet prévoit d’initier une programmation architecturale et urbaine adaptable à la montée des eaux, qu’elle soit soudaine et temporaire (inondation) ou progressive (submersion), mais aussi adaptable aux usages du territoire et à ses rythmes saisonniers, à l’évolution de la population et à ses nouveaux modes d’habiter et travailler.

Cette stratégie d’adaptation, étudiée sur le système des affluences de l’estuaire de la Touques, est ici plus spécifiquement projetée sur un site-pilote : le
lieu de sa confluence avec l’Épinay. Il s’agit d’un site qui entretient une proximité privilégiée avec l’eau (qu’elle puisse être attrayante ou menaçante), mais que la composition urbaine ignore actuellement complètement. Notre projet propose alors de transformer ce lieu de confluence en un nouvel espace public,
paysager et habité, qui relie et rend visible les fluctuations de la Touques depuis la rue du Docteur Lainé.

Le projet s’énonce comme l’expérimentation d’un réaménagement urbain qui suit et s’ajuste aux niveaux d’attention à l’inondation définis (vulnérabilité, vigilance, abri) et sur différentes temporalités : temps 1 sur une génération humaine, temps 2 sur plusieurs générations avec une submersion marine liée au réchauffement climatique. Le projet ici présenté se décline alors en cinq familles d’interventions urbaines, architecturales et paysagères :

– quelques opérations tactiques,
– des éléments urbaines et paysagers structurants,
– des architectures et aménagements de transition,
– de nouvelles typologies architecturales adaptables,
– et des pistes stratégiques pour la transformation et mutation du bâti existant.
Ces interventions fonctionnent en interaction les unes avec les autres et sont adressées comme une sorte de «boîte à outil» pour co-construire, sur des temps multiples et incertains, la transformation résiliente du territoire. Elles se veulent être l’amorce d’un processus possible d’adaptation aux changements du milieu habité de la Touques.

+ DOSSIER DE PRESSE

Equipe :
Yannick Gourvil, ET ALORS (mandataire)
Céline Bodart
Commune, Antoine Begel
Artelia, Bernard Couvert, Thomas Beillouin
Atelier Florence Sylvos, Florence Sylvos et Marika Charpentier
Chris Younès
bmc2 architectes
Collaboration ET ALORS : Zoé Faou et Noémie Esquiros

Concours d’idées : AMITER, Mieux aménager les territoires en mutation exposés aux risques naturels, organisé par le PUCA avec la Direction Générale de la Prévention des Risques (DGPR) du Ministère de la Transition Ecologique et le Cerema
Site de projet : Communauté de communes Coeur Côte Fleurie à Touques (14)